Publié par : chrodegang | 15/02/2012

La musique-passage.


Aujourd’hui (enfi, y’a cinq jours), en plein passage du cyclone Giovanna, j’ai appris que la chanteuse Whitney Houston était décédée.

Je ne peux pas dire qu’elle eût été (et toc! 1 point) une chanteuse que j’adulasse (et toc, 2 points) ou que j’écoutasse (3 points) souvent. Je n’écoute personne souvent, sans doute parce que j’ai laissé tous mes CD en France, et que je n’aime pas écouter de musique sur mon ordinateur. Il faut que les deux soient séparés physiquement et spatialement. Les ordinateurs comme centrales à tout faire, ce n’est pas pour moi, c’est même un gros souci étant donné que ça met tout et n’importe quoi à portée de clic, donc d’une ça rend paresseux, de deux ça encourage la procrastination, et de trois on perd en qualité.

Bref. Il y a une chanson de Whitney Houston que j’aime particulièrement; il s’agit de My love is your love (1998). J’étais en Irlande chez mon amie A… lorsque je l’ai entendue pour la première fois, ça a dû contribuer à me la faire aimer. J’ai toujours eu un faible pour tout ce qui me rattache à l’Irlande puisque c’est la terre où j’ai été la plus heureuse.

Cette chanson a également la particularité d’avoir un rythme (pardonnez mon manque de connaissances techniques) ou plutôt un accompagnement musical de base (enfin vous voyez ce que je veux dire, dans une chanson, il y a la voix de la chanteuse, et d’autres instruments qui ont chacun leur mélodie mais il y a toujours quelque chose qui a un rythme répétitif qui structure le morceau, c’est souvent grave et souvent de la batterie quand on joue au piano en général c’est le rôle qui échoit à la main gauche – pauvre main gauche) très clairement audible et très stable. Il se répète sans aucune interruption du début à la fin du morceau, comme un passage extrêmement cadencé (métaphore équestre inside) et ça me procure un apaisement fou. Ce type de chanson, je peux l’écouter en boucle pendant des heures et des heures, en me concentrant exclusivement sur cette mélodie et pas le reste de la chanson. Ca me détend, me console, plus j’écoute et plus le plaisir est intense, j’ai l’impression d’oublier beaucoup de pensées “polluantes”, je rentre dans un rythme qui est celui du passage, cette allure relevée si gracieuse et symétrique, rebondie et légère tout en nécessitant une grande énergie contrôlée. Même en faisant autre chose en même temps, je suis dans un état second au bout d’un moment, et c’est agréable.  

Il y a une partie de moi qui est complètement entropique et chaotique, et une autre qui est complètement générique et répétitive. Je dis ça parce que, finalement, j’aime passer des heures à contempler des mandalas, des illusions d’optique (souvent basées sur des jeux de lignes très symétriques en apparence), les fractales, les stéréogrammes, etc. Parfois, quand j’y pense, j’ai vraiment l’impression d’être tout et n’importe quoi.

Le plus étrange, concernant les morceaux de musique, c’est que ce qui m’obsède dedans peut être absolument n’importe quoi, y compris une série de quelques notes, même pas essentielles à la mélodie – un timbre de voix, une basse, un instrument insolite… Et ce, même si le morceau ne me plaît pas vraiment… voire pas du tout!

Voici une liste d’exemples!

Le Canon de Pachelbel (Youtube regorge de versions aussi atroces les unes que les autres…)

Hall of the Mountain King (in Peer Gynt) de Grieg.

Le premier jour du reste de ta vie (Etienne Daho, une bête noire chez moi pourtant)

Suite pour orchestre de jazz (Shostakovitch)

Kashmir (Led Zeppelin)

Bittersweet Symphony (The Verve, dont je trouve le clip hautement stressant et insupportable)

In the Mood for Love (Yumeji’s Theme). J’ai détesté le film.

De quoi psychoter pendant des heures…

Publié par : chrodegang | 10/02/2012

Comment se pourrir la vie toute seule.


Je pourrais aller me réconforter dans les bras de Rama (autant en profiter pendant que Sita est partie en villégiature chez Ravana) qui m’est à l’épopée ce que Kissin m’est au piano (et carrément plus, car affinités).

Je pourrais me réconforter devant un épisode de Big Bang Theory.

Je pourrais même m’abrutir à corriger des copies, procrastiner crassement sur Facebook ou continuer à troller l’analphabète qui me drague sur un site d’expatriés.

Mais non. Depuis ce midi, j’ai un besoin VITAL d’écouter Finlandia. Et rien que Finlandia. Après avoir piaffé toute l’après-midi (vous serez heureux d’apprendre qu’au programme de math de 5ème on trouve la factorisation et les parallélogrammes), j’ai fini par craquer et aller sur Youtube pour m’en mettre plein les oreilles. Mort de moi, il n’y a pas moyen de trouver une version appréciable de ce morceau (enfin bon, c’est pas comme si je cherchais du Ketelby, je sais pas, Sibelius c’est tout-de-même pas ésotérique, si? Même en tapant Finlandia + Karajan rien ne sort.

Alors je suis dans un état de stress pas possible. POUR UN MORCEAU DE MUSIQUE. Cornegidouille, je suis infernale. J’aime les phrases bien claires, bien nettes, avec ce qu’il faut de pause entre deux pour faire résonner le silence. J’aime pas tous ces enchaînement mous du genou trop rapides (la Polonaise n°53 de Chopin est souvent massacrée à cause de ça, et je ne parle pas des Carmina Burana qui ne sont écoutables QUE dans la version dirigée par Raphaël Frühbeck de Burgos, et personne d’autre, et alors je ne parle pas de la sonate au Clair de Lune de Beethoven. Ouille les oreilles si ce n’est pas joué exactement comme je l’entends) et boueux. On lève les pieds nom-de-Zeus, l’énergie vers le haut, piaffer, passager, les musiciens devraient tous être des écuyers.

Bref je suis très malheureuse, et j’ai une colère noire qui me bout dans les veines, car je n’arrive pas à trouver Finlandia.

La nuit va être longue.

Exemple de mauvaise interprétation de Chopin (pourtant par Rubinstein):

Ca c’est mieux mais trop rapide à l’enchaînement en certains endroits:

Même Kissin-dont-je-suis-complètement-raide-dingue-que-je-me-suis-toujours -pas-remise-de-ses-regards-de-braise-depuis-que-je-l’ai-rencontré-à-Birmingham, il joue trop vite et pas assez détaché à mon goût (dommage, c’est pas passé loin):

Publié par : chrodegang | 30/01/2012

Matilda


Aujourd’hui, j’ai fini un livre que je ne peux que conseiller à tous les amateurs d’histoires pour enfants, d’humour anglais et d’enfants prodiges: MATILDA, de Roald Dahl.

A bien des égards, je trouve qu’il vaut plus d’un livre sur le sujet des enfants précoces.

Matilda est une petite fille née dans une famille anglaise complètement dégénérée, qui ne s’occupe pas d’elle, et qui ne remarque pas qu’elle possède une intelligence fulgurante. Livrée à elle-même tous les après-midi, tandis que son père, revendeur de voitures d’occasion truquées et sa mère, joueuse de bingo assidue, vaquent à leurs occupations, elle apprend à lire très tôt, et finit par aller, à quatre ans, toute seule à la bibliothèque de sa ville. Bon, d’accord, c’est caricatural, mais hautement touchant. Elle commence par poliment demander où sont les livres pour enfants, puis, après les avoir dévorés, s’attaque au rayon des livres pour adultes avant même d’être en âge de commencer l’école. A la maison, elle se fait régulièrement enguirlander de passer son temps à lire des livres au lieu de regarder la télé avec sa famille.

A cinq ans, Matilda est envoyée à l’école, et sa maîtresse remarque immédiatement que Matilda est incroyablement brillante. Elle s’adresse donc à la directrice, un gros veau gueulard, violent, méchant, terrifiant, comme on les aime dans ce type d’histoire, pour demander de faire accepter Matilda dans le niveau le plus haut de l’école primaire. Réponse qui vaut son pesant d’or (les spécialistes de la cause des enfants précoces apprécieront): “i have a rule in this school that all children remain in their own age groups regardless of ability. Great Scott, I’m not having a little five-year-old brigand sitting with the senior girls and boys in the top form. Whoever heard of such a thing!”

Il est intéressant de constater qu’en France, ce type de propos, déjà caricatural au possible chez Dahl en 1988, est encore largement monnaie courante dans la bouche d’instit et de directeurs/trices d’école. Pourtant, Matilda, contrairement à pas mal d’enfants précoces qui, eux, peuvent être déconcertants, est mature, confiante, sérieuse (modeste, gentille…), capable de manipuler des nombres dans sa tête (la veinarde, elle a vraiment tous les dons).

Face à cette directrice inique et dangereuse, Matilda se découvre un autre don prodigieux, et s’entraîne à le maîtriser pour une juste cause.

On ne va pas se voiler la face, Matilda reste un personnage de roman et Dahl a forcé le trait. Mais le portrait reste très juste. D’ailleurs, la petite, qui à cinq ans a lu Dickens, Hardy, Steinbeck et j’en passe, avoue volontiers qu’elle n’en comprend pas tout, mais que ce qu’elle en comprend la fait rêver. On entend souvent parler de petits génies qui lisent Proust à six ans. Je suis trop contente pour eux. Permettez-moi de douter qu’ils y comprennent réellement quelque chose au-delà de l’enchaînement de mots et de phrases. Faut pas rêver non plus, on peut être ultra-intelligent, en si peu d’années, on ne peut même pas physiologiquement comprendre tout ce qu’un adulte est amené à raconter, il y a des choses qui ne peuvent se comprendre qu’en leur temps.

Mais, au-delà des dons en langue et en math dont elle fait preuve, Matilda cumule les caractéristiques des enfants précoces: sens aigu de la justice (elle décide d’ailleurs de punir ses parents lorsqu’ils ne se comportent pas correctement), empathie, pensée intuitive (elle explique qu’elle ne sait pas comment elle obtient certains résultats), volonté de changer le monde, curiosité pour tout, sans bornes, sens de l’humour subtil… Il est absolument évident que Dahl n’a pas créé son personnage sans avoir de modèle de première main. Et le mieux est que Matilda n’est jamais insupportable, car elle reste à certains égards naïve, impressionnable, faillible.De plus, sa famille est tellement odieuse qu’elle incarne le personnage préféré des enfants: l’orphelin.

Le livre a été adapté en film pour enfants de manière plutôt réussie, quoiqu’également un peu vieillotte, par Dany de Vito. Un indispensable du rayon enfants précoces!

Le site de Roald Dahl peut également valoir une petite visite! http://www.roalddahl.com/

Publié par : chrodegang | 22/01/2012

Qu’est-ce que je fais-là?


Je me pose toujours cette question pernicieuse et turpide (je sais, cette question n’est ni pernicieuse, ni turpide, mais j’adoooooore cette paire d’adjectifs fourmillants de jaune d’ocre – trouvés, je CROIS, chez Flaubert – et elle vient de me passer par la tête, alors j’ai eu envie de l’écrire) au bout d’un moment.

En maternelle, je regardais mes camarades vagir en me demandant pourquoi ils ne parlaient pas, et j’avais envie de me tailler – ce que je faisais, parfois, lorsque la porte de la salle de classe voisine n’était pas fermée à clef, ou, plus inquiétant, lorsque mes parents trouvaient bon de m’abandonner dans un club de plage premier âge avec des sacs à viande hurleurs et des hochets alors que j’étais fan de dinosaures et de petits livres.  Au primaire, je regardais par la fenêtre en attendant le temps béni du lycée et du moment où j’abandonnerais totalement les math. En Inde, je me demandais si les camarades n’avaient rien de mieux à faire que s’abrutir avec du rap, mais la réponse  était “non”, bien entendu. Et ma mère de me forcer à aller à ces fêtes où non seulement je devais faire souffrir mes oreilles, mais encore subir les harcèlements des autres pour DANSER. Bouger ce corps pataud et encombrant mal synchronisé, sur de la musique horripilante – et cordieu que j’en avais, du poil aux pattes, à l’époque, car je rejetais tout ce qui appartenait au domaine de la femme, comme l’épilation, le maquillage, les vêtements courts ou avantageux, les soutien-gorge, etc – au milieu d’un troupeau de jeunes confiants, minces, grands, fins, imbus d’eux-mêmes. Au lycée je pleurais dans les jupes de ma prof principale de dépit face au bricolage qu’on nous faisait passer pour de la littérature. En prépa je me tapais la tête contre les murs, non, je n’y avais pas du tout ma place, voilà qu’on nous redemandait d’apprendre par coeur et de recracher “avec méthode”, en faisant passer ça pour le summum de l’intellectualisme. A la fac, c’était encore la même histoire.

Et finalement, c’est toujours la même histoire. Je suis à une soirée, je ne sais pas comment aller parler aux gens; je suis au centre équestre, on me dit bonjour, mais je me sens nimbée d’exil, je prends un café (non, un thé, j’ai horreur de l’odeur du café à trois mètres, et puis j’ai déjà du mal à dormir la nuit, je ne vais pas en plus me rajouter de l’excitation, ça suffit) avec des collègues, elles parlent de situations dans lesquelles je n’aurais pas réagi de la même manière, ou dans lesquelles je n’aurais tout simplement pas pu me retrouver,  et je me rends compte que des choses qui paraissaient être évidentes pour elles ne m’avaient jamais effleurée, et vice-versa. Je suis devant mes élèves, et je me demande pourquoi ils ne réfléchissent pas lorsque je pose une question, pourquoi du b-a-ba leur semble si insurmontable, pourquoi ils n’écoutent rien. Hier, j’ai une classe qui s’est comportée comme un troupeau de bêtes, oui, un troupeau de bêtes, pendant une répétition pour le spectacle de fin d’année. Ils se jetaient les uns sur les autres, hurlaient, se vautraient. Certes, c’était l’après-midi. Certes, il faisait chaud. Mais quand même. Je trouve ça indécent.

Régulièrement, les enfants me font éclater à la figure mes propres différences.  Mais du coup, je ne cesse de me demander ce que je fais à enseigner alors que je ne suis pas comme eux, et que ça me gène. Pourtant, en général, ça se passe bien, mais au moindre problème, je me remets à gamberger Alors la solution pour le futur est évidente: me faire recruter par une école pour enfants précoces. Mais d’abord, il faut acquérir de l’expérience, de l’expérience, de l’expérience!

Qu’est-ce que je fais là? Je vis, je survis, parce que mes parents un jour m’ont déposée dans le monde. Je ne suis pas certaine qu’il faille chercher d’autre réponse, parce qu’on ne nous a pas donné le choix d’exister et de devenir exactement ce que nous aurions peut-être voulu devenir (je trouve qu’il faut être assez déconnecté de la réalité pour penser qu’on fait ce qu’on veut de sa vie, où on le veut).  Depuis quelque temps déjà, j’ai une manie de rêvasser à propos des étoiles et des vies qu’elles abritent, quelque part, sans doute par besoin de compenser solitude et absence de vie spirituelle.

J’ai été envoyée au cathé comme beaucoup d’enfants lorsque j’étais en primaire. C’était très ennuyeux. Je ne sais plus trop ce qu’on y faisait. On lisait de courtes phrases, on coloriait des saints, bref c’était nul. Mais j’allais à la messe avec intérêt, tout en ayant des souvenirs précoces de renégatisme. Je ne sais plus en quelle classe nous étions, mais j’ai un souvenir très clair d’être en train de marcher dans une rue avec ma classe de primaire, en rentrant de je ne sais quelle messe -il y en avait toujours une par an avec l’école. Et puis évidemment la question du “tu y crois, toi?” avait circulé, et je me revois en train de chuchoter à l’oreille de ma voisine que non, je n’y croyais pas. C’était un peu par provocation, un peu par étonnement. J’avais peur de pouvoir me tromper. Je me suis forcée à rentrer dans le droit chemin après, incitant mes parents à aller à la messe le dimanche, sinon j’y allais toute seule, à l’église Saint-Jean-Baptiste du Perreux sur Marne.

J’ai passé ma première communion et ma confirmation, très fière d’inviter ma meilleurs amie à l’événement, et bla bla bla. Deux semaines plus tard, par un beau dimanche, j’étais en train d’écouter le sermon du prêtre qui a sorti une histoire du Seigneur est mon berger, nous sommes ses brebis, et je ne sais plus quoi d’autre, quand un choc électrique foudroyant m’a traversée (et je ne dis pas cela par hasard, c’était vraiment analogue à un coup de foudre, et dans la sensation et dans le changement définitif que ça engendre, ayant vécu la chose deux fois je sais très bien de quoi je parle). Tout s’est écroulé en moi, et toute foi avait disparu. Pour toujours. Certes, je ne peux pas dire que j’étais une fervente catholique, mais à partir de ce jour-là, j’ai SU, avec la même chaleur indicible qu’un croyant SAIT, qu’il n’y a pas de divin dans le monde. C’est très spirituel, en somme. Comment est-ce que cela pourrait être rationnel? On ne peut prouver l’existence de dieu, mais on ne peut l’infirmer irréfutablement non plus.

Et depuis tout ce temps je vis avec cette légèreté en moi, cette certitude qu’aucun dieu ne pèse sur l’atmosphère de mon monde. Heureusement d’ailleurs. J’ai plusieurs fois failli faire de grosses bêtises en prenant littéralement les affirmations du prêtre comme quoi si on y croyait vraiment, dieu nous aiderait à accomplir des miracles. Voulant tester ma foi (plus, en fait, que dieu lui-même), j’ai à plusieurs reprises escaladé là rambarde du balcon dans le but de me jeter dans le vide, au motif que si j’avais vraiment la foi, dieu me ferait voler au lieu de me laisser m’écraser par terre. Heureusement que j’étais quand même sceptique. Je passerai sous silence une intense méditation à huit ans à propos de l’âme des choses, à la fin de laquelle j’ai demandé tout fort à un meuble de ma chambre s’il avait une âme. Pardonnez-moi j’avais huit ans!!

Mais il n’empêche que je me demandais toujours d’où je venais. Et je n’arrive pas à laisser cette question de côté même si je pense qu’au fond, elle est une excroissance de pensée humaine déformée. Nous sommes là, point barre. Il n’y a pas à avoir de sens. Nous sommes des êtres nés d’un amas de cellules de deux sources différentes et nous perpétuons une espèce. C’est pas glorieux mais rien dans l’univers ne semble dire que nous soyons là pour avoir un sens à notre existence, et nous nous perdons dans des raisonnements aussi alambiqués que faussement intellectuels à chercher autre chose. Mieux vaudrait s’attarder sur d’autres questions. Oui mais il semble impossible de nous en empêcher. Et lorsque je suis tombée dans la marmite de la douance et de tous les livres qui l’agrémentent, je n’ai pu m’empêcher de relever que les psychologues spécialistes insistent sur le caractère fortement héréditaire de la chose. Evidemment, dans ma famille, je chercher toujours qui m’a refourgué le satané gène. Vous allez dire que c’est comme les antibiotiques, c’est pas automatique, d’accord. Mais tout-de-même. J’ai établi une liste de ce que j’étais la seule à posséder ou à être dans la famille:

Synesthète

Gauchère (même pas de gauchers contrariés )

Créative

En surpoids (et c’est pas anodin car je suis également la plus sportive)

Hyperesthésique

Dotée d’allergies (sauf mon cousin lorsqu’il était petit, mais il semblerait que ça ait été une conséquence d’un accident de voiture vécu par la maman lorsqu’elle était enceinte. Il a vu un guérisseur à trois ans et c’est parti. Libre à vous de dire que c’est du n’importe quoi) fluctuantes, irrégulières

Dysynchronique (encore qu’il semblerait qu’on appelle cela dysharmonique à présent) – mauvaise coordination des gestes et de la pensée, donc maladroite, sale écriture, frustration au piano que j’ai d’ailleurs abandonné.

Bref je ne vais pas continuer la liste comme ça, ce qui est intéressant c’est que je ne trouve pas de liste à faire de ce que j’ai en commun avec eux. Du coup… qu’est-ce que je fais là? Ils se demandent autant que moi d’où je sors. Et le fait d’être isolée dans ma famille comme en dehors d’elle, hormis sur Facebook, que je remercie de me procurer quelques liens, parfois très forts, avec d’autres perdus (le plus curieux étant que j’ai lié des liens d’amitié avec des personnes que j’ai autrefois côtoyées dans la réalité sans jamais leur adresser la parole), me pousse à chercher une réponse. En l’absence d’explication rationnelle vraiment satisfaisante, j’ai naturellement fait ce que tous les êtres humains depuis la nuit des temps ont fait, j’ai regardé les étoiles.

Il semblerait qu’un nombre écrasant de religions soient fondées sur la venue de dieux sur Terre depuis les étoiles. Les Indiens d’Amérique par exemple parlent de “starpeople”, j’ignore comme cela se dit dans leurs langues, mais je trouve le terme anglais très joli. Les peuples des étoiles. Ils venaient, restaient un certain temps, enseignaient des choses aux hommes, repartaient. Cette théorie – qui sous beaucoup d’aspects manque de crédibilité car ses défenseurs sont trop enthousiastes et interprètent tout à la manière de ce prisme- explique le chaînon manquant de l’évolution par la venue de ces peuples sur Terre pour chercher de l’or, dont les propriétés très intéressantes en font un matériau très précieux non pas d’ans l’art, mais dans la création de technologies de pointe. Ne pouvant procéder à la prospection seuls, ils ont génétiquement manipulé ce qu’ils ont trouvé sur place jusqu’à obtenir une espèce capable de miner correctement tout en ayant un minimum de jugeote. Cette théorie s’attaque également à apporter des réponses à des mystères qui nous rient au nez depuis des millénaires: comment les Anciens, ayant à peine évolué par rapport au stade de l’Australopithèque (certaines cités dateraient de dizaines de milliers d’années), ont-ils pu construire des cités énormes, détacher des blocs de pierres de plusieurs dizaines de tonnes d’une falaise, puis les déplacer, les tailler et les assembler afin de constituer des structures incroyables, parfois en hauteur, à l’aide d’outils rudimentaires, de troncs, et de force humaine, avant l’invention de la roue? Je me souviens que déjà, lorsque nous étudiions les Egyptiens au collège, cela m’avait fait tiquer. Des ingénieurs s’emploient à rechercher la manière dont cela a été possible. Il ne suffit pas d’atteler plein d’hommes à un bloc de pierre et de tirer et pousser, quitte à se tuer à la tâche. Cela pose des problèmes pratiques insolvables. D’autre part, dans certaines ruines, les blocs de pierre sur plusieurs étages apparaissent fusionnés entre eux, ce qui n’aurait pas été possible à l’aide d’un simple feu. Certains ornement, certaines découpes, certains angles sont si précis qu’à notre époque, on emploie des technologies au lazer et au diamant pour le faire, et que l’idée même de construire toute une cité par ce moyen apparaît illusoire. Avons-nous été visités par des êtres d’ailleurs dans le passé (nous le serions toujours, d’ailleurs), sommes-nous le produit de leur passage?J’ai également du mal à gober comment des hommes aux moyens aussi rudimentaires aient pu seulement développer un concept aussi élaboré que celui d’une divinité, mais cela n’engage que moi.

De grands scientifiques en sont persuadés, Neil Armstrong a tenté de le dire; on trouverait des descriptions de machines hors du monde dans des textes aussi variés que le Mahabarata (des “vimanas”, le livre de bord de Christophe Colomb, des textes de Benjamin Francklin et d’autres Pères Fondateurs de l’Amérique. Pourquoi diable serait-ce absurde? Il me paraît bien plus absurde de penser que c’est impossible tout simplement parce que cela nécessiterait des technologies inouïes, donc inconcevables dans nos petites têtes. Ces gens-là doivent visiter des tonnes de planètes et nous ne leur avons pas échappé. Certaines tribus comme les Dogons en Afrique ont des connaissances des étoiles à travers leurs mythes et légendes qui s’avèrent justes tout en n’ayant pas pu relever d’observations à l’oeil nu.

Parfois, je me dis qu’ils ont peut-être raison, ces rêveurs, que nous avons réellement perdu quelque chose de notre passé. Cela paraît capillotracté aujourd’hui, mais dans cent ans? Qui sait? Les esprits ont été ouverts à la possibilité de tout temps mais aujourd’hui nous y sommes réfractaires au nom d’un scepticisme qui touche à l’absurde. Si vous cherchez bien, sans hostilité, vous vous apercevrez que dans votre entourage il y a des gens qui ont vu des choses qui défient l’entendement et qui n’en parlent pas de peur de passer pour fous. Quelque part dans ma famille il y a une dame qui a vu un vaisseau orange dans les années 50. On n’en parlait pas à l’époque. Une autre personne qui a influencé ma vie m’a confié l’année dernière avoir “vu une soucoupe”, du bout des lèvres. Je précise qu’i avait influencé ma vie longtemps avant de me dire cela au détour d’une conversation.

Une chose est sûre, je ne peux pas savoir d’où je viens, mais si des visiteurs d’un autre monde reviennent et se portent à notre connaissance, je serai prête à décamper avec eux à la première occasion. Au moins, je sais où je veux aller!

 

OVNIS au-dessus de Nüremberg au XVIè siècle.

 

 

Publié par : chrodegang | 04/01/2012

Le mal du siècle…


Je ne peux plus aller nulle part sans en entendre. Ils sont partout, même dans les endroits où ils n’ont rien à faire. Ils piquent des crises toutes les deux minutes, vagissent, hurlent, crient, se vautrent par terre.

Au fond de vous, vous savez qu’ils vous insupportent aussi, même si l’air du temps veut qu’on trouve parfaitement normal qu’ils aient tous les droits (en particulier sonores), toutes les faiblesses, toutes les raisons de faire des caprices sans qu’il ne faille rien dire, et que donc vous vous forcez à les trouver mignons malgré tout (ou pas, si vous êtes comme moi totalement imperméable aux conventions sociales idiotes et injustes).

D’ailleurs, vous les avez reconnus. Moi, j’en ai eu PARTOUT où j’ai bourlingué pendant ces vacances:

- dans l’avion. C’est simple, il est devenu IMPOSSIBLE de voyager en avion ou même dans n’importe quel transport en commun (sauf que l’avion, vous êtes coincé dedans sans pouvoir faire quoi que ce soit) sans être à proximité d’un braillard qui va hurler, gémir, vagir, pousser des grognements (comme dans: le cochon grogne) à faire exploser le compteur de décibels, parce que les moteurs ne font pas déjà assez de bruit comme ça. Et les parents ne disent jamais rien, les hôtesses non plus. Voici mon best-of: 1) Maurice-Singapour: 4 bébés qui ont tous pleuré (si, si, j’avais des boules Quiès) pour un total de TROIS HEURES. 2) Singapour-Saigon: une mère Américaine, juste devant moi, avait deux enfants en bas âge qui se mettaient régulièrement à hurler et pleurer dès qu’ils souffraient la moindre contrariété. Pour les occuper, elle leur parlait, leur répétait des débilités comme “wotcha Santa” cinquante fois d’affilée sur un air plus approprié à un demeuré qu’à un enfant (et encore, je ne vois pas pourquoi on ne parlerait pas normalement à un demeuré), et on a eu le droit à toutes les chansons de Noël du répertoire anglophone, assez fort pour que l’avion entier entende (elle voulait sans doute, de manière inavouable, que tout-le-monde admire ses talents de chanteuse). Encore deux enfants qui iront à l’école et seront incapables de parler normalement, sans déranger les autres. 3) Saigon – Phu Quoc: Un enfant appareillé des deux oreilles lance des hurlements régulièrement. Bon, on peut rien dire, l’enfant est manifestement handicapé. 4) Phu Quoc-Saigon: Pour un vol de 30 minutes, un homme fait déplacer trois personnes (dont moi, évidemment) pour être à côté de sa femme et de son bébé. Il a dit bien fort que si on n’avait pas été conciliants, il aurait embêté l’hôtesse pendant toute la durée du vol. L’homme avait au moins la cinquantaine, était énorme, vraiment, un gros boeuf en bermuda (je ne parlerai même pas de son air ahuri), accompagné d’une Vietnamienne tirée à quatre épingles (évidemment). Pendant que le bébé pleurait, il a joué à sa PSP pendant tout le vol, sauf pendant le snack (il a bien sûr dévoré et le sien, et celui de sa femme), et à la fin, il a parlé à la nana d’une manière franchement odieuse, et elle s’est renfrognée, l’air vraiment dégoûté. Ce qu’on ne ferait pas pour un visa (soyez scandalisés, nous savons tous que c’est monnaie courante)… 5) Saigon-Singapour: Trois bébés ont pleuré à s’en étouffer pendant tout le vol. Le steward parlait aux parents sur un ton jovial trop forcé, il n’a jamais rien dit. J’ai envoyé une plainte à la compagnie. 6) Singapour-Maurice. Alors là, j’ai vraiment failli aller frapper moi-même la gosse. Une gamine de quatre ans, repérée avant même d’embarquer. Elle piquait des crises d’hystérie toutes les cinq minutes (ou moins – j’ai vérifié sur le chrono).  Mais quand je dis hystérie, je veux vraiment dire que si on lui avait amputé une jambe sans anesthésie, elle n’aurait pas pu hurler plus fort que ça. J’ai aperçu, dans l’aéroport, une cause de crise: sa grande soeur a effleuré sa manche pour la taquiner… Dans l’avion, c’était sans interruption, des hurlements qui me perçaient les tympans, même après avoir enfilé mes boules Quiès. Plusieurs personnes on crié “Shush”, dont moi, jusqu’à ce que je ne puisse plus tenir, j’ai bondi de mon siège comme un lion, et je suis allée (me contenant de justesse) dire, tremblante et écumante, aux hôtesses, qui étaient juste à côté, que c’était non seulement inadmissible, mais encore de la maltraitance, que de laisser un enfant se détruire la matière grise de la sorte. J’ai ajouté que j’allais pas tenir sept heures comme ça, et l’hôtesse est allée parler aux parents. Et comme par hasard, après, on n’a plus entendu la gamine. Ce qui signifie qu’en fait, elle pouvait parfaitement se fermer sa tronche et agir comme un être humain, mais que les parents n’en avaient rien à faire qu’elle hurle, et rien à faire qu’elle dérange le monde non plus. Je suis désolée mais cet enfant ne devrait pas exister, parce que ses géniteurs ne sont pas dignes d’être parents. Je ne parle pas de la phase d’atterrissage, pendant laquelle elle et d’autres bébés ont remis les sirènes en marche.

- Au restaurant. Ils ont le droit de courir, de se vautrer par terre, de préférence dans les pattes des serveurs chargés, de parler très fort (de toute façon, ils font tous ça, parce que les parents les ignorent), de pleurer (toujours en hurlant à la mort) et donc de déranger tout-le-monde en toute impunité. C’est normal de se comporter bestialement, apparemment. Et si on demande à être tranquille, on est une grosse intolérante d’un autre siècle, fasciste, d’extrème-droite, et tout ce que vous voulez.

- Au MUSEE. J’ai la photo qui arrive. On va maintenant au musée avec des bébés, des landaus, des poussettes, les enfants souvent pas dans les poussettes mais en train de faire leurs premiers pas n’importe où, surtout à côté de vous, lorsque vous êtes concentré sur un panneau à lire. Ca crie, ça court, ça bouscule, ça tombe, donc forcément ça se remet à piquer une crise. Dons une salle très sombre: la photo à l’entrée de la salle était à moitié cachée derrière une poussette chargée, avec à côté la mère ASSISE PAR TERRE à jouer avec un tout petit enfant. Deux minutes plus tard, un autre enfant m’écrase le pied, et le parent, qui ne surveillait rien, me rentre dans la hanche avec sa poussette (pas la même que ci-dessus, il y en avait deux dans la même salle), et un autre enfant se met à hurler. A ce moment, je ne savais même plus ce que j’étais en train de lire, j’avais mal au pied, à la hanche et aux oreilles, et j’ai donc dit, excédée “For goodness’ sake, this is not a nursery!”. Là, les parents ont bondi, sont sortis en furie de la salle, et le père, un type et immense, est revenu en trombe sur moi et m’a hurlé dessus (je n’exagère pas), sur un ton qui m’a pendant une seconde fait penser qu’il allait me frapper: “You were a child once too. Grow up”. Véridique. Ce à quoi j’ai répondu, tout aussi fort: “Excuse me, but when I was a child my mother didn’t bring me to the museum, where I had nothing to do”. Après ma visite, je suis allée demander à parler au conservateur du musée, évidemment c’était impossible, mais un homme m’a reçue et je lui ait exprimé mon dégoût et ma colère de ne pouvoir même pas me cultiver tranquillement sans être constamment dérangée par des enfants qui n’ont rien à faire dans un endroit où on lit et regarde des objets qui les dépassent complètement. Il m’a répondu qu’il était à bout de nerfs car il passait effectivement son temps à demander aux parents de tenir leurs gosses, que faire payer l’entrée aux enfants ne décourageait absolument pas les abrutis qui refusent de comprendre qu’un enfant ça doit se défouler, mais au parc, dans la forêt, à la plage (rien de ça ne manque, à Singapour), pas au musée. Il m’a dit qu’il était outré mais que le gouvernement Singapourien développait une politique complètement artificielle du “tout-famille”, et que ce n’était pas près de s’arrêter. Mais sérieusement, ils ont quoi dans la tête, les gens, pour emmener des enfants au musée??? Même les plus grands, c’est évident qu’ils n’en ont rien à secouer, des oeuvres. Mais non, d’une on ne va pas se priver de quoi que ce soit, donc on va aller au musée avec la poussette, le brailleur, et déranger tout-le-monde, parce qu’il est inenvisageable d’accepter qu’être parent requiert des sacrifices personnels, et de deux, on va les prendre tous pour des génies et les traîner jeunes au musée, plus pour se gargariser soi-même devant sa progéniture et les autres, que pour le bien de l’enfant, qui lui a, bien entendu, plus envie de faire du toboggan que du culturel. Dans les deux cas, le musée ne répond à aucun des besoins primaires d’un enfant.

- Dans les magasins. Vous savez, ceux dont les allées sont étroites, pas tout-à-fait assez larges pour laisser passer une poussette. Ceux qui ont plein de trucs et de bidules colorés à portée de main d’en enfant, qui va essayer d’attraper (logique), puis piquer une crise de frustration quand ce ne sera pas possible. J’ai personnellement vu une gamine de cinq ans s’amuser toute seule dans un rayon à décrocher des chemises de soie de leurs cintres, à les empiler par terre, puis à les piétiner. Sans compter les vautrés. Bon sang, ce que ça me dégoûte de voir des enfants vautrés par terre, pour jouer ou pour faire un caprice, dans les magasins ou dans la rue. C’est immonde.

J’aurais poussé le moindre petit hurlement, je me serais fait exploser le tête par ma mère, lorsque j’étais petite. D’ailleurs, comme le bébé que j’étais braillait, elle ne me sortait pas. Et ça paraît tellement logique, qu’on ne doit pas emmerder les autres avec le bruit de nos propres enfants. Le respect passe aussi par l’oreille. Au lieu de ça, on les ignore, en vertu, sans doute, de cette stupide règle que j’ai déjà vu quelques personnes énoncer sur Internet: “qu’il hurle, il finira bien par comprendre que ça ne sert à rien”. Que les gens fassent cela chez eux, mais pas en public!! Les enfants ne font aucune différence entre leur espace privé et les espaces publics, d’ailleurs. Ils n’ont aucun sens de la dignité, aucune conscience de soi lorsqu’ils hurlent, jamais ils ne se voient comme étant vus (et entendus) par des tiers. C’est grave. De plus, manifestement les enfants sont trop stupides pour se rendre compte qu’hurler comme des gorets ne sert à rien: ils n’arrêtent jamais. C’est donc totalement inutile.

D’un autre côté, qu’est-ce que c’est que cette manie d’ignorer les enfants? Ils parlent plus fort pour se faire entendre, donc on parle plus fort pour couvrir leurs voix, et on n’en sort jamais. Résultat, des enfants de 10 ans n’ont pas encore appris à maîtriser le volume de leurs voix, et ils sont incapables de parler à voix basse. Un enfant est une personne à part entière, s’il interromp quelqu’un qui parle déjà, l’ignorer est stupide, il faut au moins lui faire remarquer sa faute. Parce que lui passer certains caprices, s’extasier dessus au moindre petit doigt levé, tout en l’ignorant quand ça nous arrange, ça ne lui apprend absolument pas à comprendre qu’il n’est pas le centre du monde, qu’il n’a pas priorité en toutes circonstances, et en plus, il n’intègre aucun sens des limites ou des règles sociales. C’est quand même gonflé que moi, l’autiste sur les bords, je sois à même de relever ce manquement, alors même que les règles sociales, c’est pas mon fort. Pourtant, là, ça me paraît tellement évident.

Ces enfants, leurs agressions sonores, et l’approbation (voire la gagaterie aussi flatteuse qu’artificielle) qu’ils suscitent, m’épuisent, me rendent dingue, colérique, haineuse, VIOLENTE. Faut-il rappeler que des études ont établi que les pleurnichements sont le bruit le plus insupportable de tous ceux qui peuvent nous rendre fous de colère (voir: http://137.140.1.71/jsec/articles/volume5/issue2/Chang_Vol5Iss2.pdf) ? Mais au moins autant que le bruit en lui-même, c’est la nullité des parents qui fait monter la moutarde au nez.

Publié par : chrodegang | 01/01/2012

2011 in review


Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour ce blogue.

Voici un extrait:

Un cable car à San Francisco contient 60 personnes. Ce blog a été visité environ 1 300 fois en 2011. Si c’était un cable car, il aurait fallu à peu près 22 voyages pour transporter autant de personnes.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Publié par : chrodegang | 26/11/2011

Souvenir


A chaque fois que j’ouvre mon vieux carnet de poèmes, je me dis que ce que j’écris est stupide, prétentieux et affreux.

Bon, tant pis, je ressors les vieux dossiers. Dans ce très court mic-mac, je me prends pour un illuminé, pardon, pardon, j’étais très jeune.

 

Le dit d’un prophète au chômage

 

Je suis laid

Pleura le Poète

Ma parole n’a plus de sceptre

 

Je suis seul

Gémit le Poète

Mes mots ont perdu leur couronne

 

Mais tu es

Hocha le Prophète

Quand moi je ne suis plus que toi.

 

Merci, bonsoir, je sens que je vais m’en mordre les doigts.


J’ai parlé, il y a quelques mois déjà, de cet insupportable problème que j’ai d’être fatiguée tout-le-temps.

Concrètement, qu’ai-je fait pour trouver une solution? J’ai tout d’abord épuisé les possibilités qu’il s’agisse d’une maladie en allant chez divers médecins, en me faisant poser des capsules sur la tête et en faisant analyser mon sommeil. Jamais rien n’en est ressorti.

J’ai donc fini par aller chez un nouveau généraliste à Maurice, sait-on jamais. Là, la réponse a été immédiate: si j’ai déjà épuisé toutes les pistes et qu’aucune cause au problème n’a pu être décelée, c’est forcément que cela relève d’un problème psychologique. Ca paraissait évident, mais tout médecin n’est pas prêt à prendre cela en compte. Elle a également trouvé que mes descriptions de crises de sommeil ressemblaient fortement à un état de corps sous hypnose. Son conseil était donc que, si mon corps s’infligeait cet état de lui-même, c’est qu’il essayait d’exprimer quelque chose par ce biais. D’aucuns auraient hurlé mais moi j’ai trouvé cela fort intéressant. Ca changeait en tout cas du sempiternel: “c’est le changement de saison”. Elle m’a laissé l’adresse d’une hypnotiseuse qu’elle connaissait et qu’elle trouvait sérieuse, malheureusement, je n’ai jamais pu y aller car c’est à l’autre bout de l’île. J’ai patiemment attendu de rentrer en France pour les grandes vacances, et ai rassemblé mes biftons pour une série de consultations, après m’être fait recommander un psychiatre pratiquant l’hypnose eriksonienne par une surdouée sur Facebook (ma hantise étant de tomber sur un charlatan graveleux comme le veut le cliché).

Ledit psychiatre a commencé par me faire parler de moi et du problème qui m’amenait. En quinze minutes il avait lâché le mot qui fâche et que je m’étais employée à taire, parce que j’en ai déjà parlé avec Arielle Adda, ça suffit! Mais ça va me poursuivre jusqu’à la tombe, ça va, j’ai compris, et finalement, il n’est peut-être pas possible d’en faire abstraction. Le psychiatre n’a pas jugé que l’hypnose était le meilleur remède pour moi, car il a vite décelé dans mon discours un blocage qui évoque un moment du développement du bébé (auquel je consacrerai un article à part, car ça ouvre une myriade de portes). Je sais depuis bien longtemps que j’ai un problème avec ma mère, mais lui soupçonnait quelque chose qui remontait à la naissance. En deux séances, et après questionnement à la maison, j’ai donc découvert que j’avais subi un traumatisme dès les premières secondes de ma vie. En effet, j’ai été littéralement emportée en couveuse dès le cordon ombilical coupé car soit-disant j’avais froid. Pas de premier contact avec ma mère, à la place de ça des fessées (“elle t’a filé de ces mandales, je l’aurais bouffée, cette connasse”) pour me réchauffer, et un bon gavage, parce que j’étais trop maigre (comme par hasard, aujourd’hui, je suis trop grosse, et j’ai beau faire du sport tous les jours et suivre un régime médical, pas une connerie de régime médiatisé pour faire vendre des bouquins, je ne perds rien, c’est désespérant – mais “l’armure de graisse” aura droit à son article aussi). Ce n’est que le lendemain, lors de la visite du gynéco, que ma mère a pu hurler qu’on lui avait pris son bébé et qu’elle ne savait ni comment il allait, ni où il était.

Superbe départ dans la vie, mais j’ai également eu droit aux explications concernant la mélancolie, cet état final de la dépression, quand on arrive au point où on se dit qu’on n’y arrivera pas (à survivre, à se battre, à ce qu’on veut) et qu’on renonce. Pour exemple facile d’accès, Dan Brown en parle très précisément dans son immonde livre The Lost Symbol, dans lequel deux personnages se font assassiner par noyade: tous deux savent qu’ils doivent résister le plus longtemps possible, garder l’air à l’intérieur de leurs poumons, combattre l’instinct du mouvement respiratoire, mais il arrive toujours un moment où ils ne peuvent plus se battre, renoncent, emplissent leurs poumons d’eau, et meurent. J’ai quand même eu un élan de scepticisme: absolument tous les bébés sont obligés de passer par l’utérus de leur mère, d’étouffer parce que le cordon ombilical est comprimé, etc. Oui a-t’il répondu, mais nous ne sommes pas tous égaux devant cette épreuve, cela dépend aussi de la “maturité” de chacun. A peine née et déjà épouvantée. A peine née et déjà prête à grandir trop vite pour comprendre, pour m’en sortir toute seule. Lors du test pendant lequel on met le nourrisson debout pour chronométrer en combien de temps ses jambes s’effondrent, les miennes n’ont jamais cédé. Ce qui n’est pas si étonnant que ça étant donné que j’ai déjà dit que j’avais réussi à me mettre debout seule à l’âge de quatre mois (ce qui représente plus de quatre mois d’avance sur un bébé précoce lambda).

Bref, je souffre donc de mélancolie. C’est pour cela que je subis des crises de sommeil: face à un problème que mon inconscient trouve insurmontable, mon corps se met en sommeil pour y échapper. Ce n’est certes pas glorieux comme attitude, mais cela me dépasse complètement. Je vois souvent dans les statistiques de mon blog que des lecteurs ont atterri ici après avoir entré les mots-clef “fatigue perpétuelle” ou “épuisante fatigue”. A eux, je ne peux que dire de consulter un spécialiste qui saura les aider à déterminer s’ils souffrent comme moi de mélancolie, et ensuite pourquoi.

En ce qui me concerne, je ne dévoilerai pas les problèmes qui me sont propres. Mais je vous dirai que le psychiatre a souhaité pour tenter de les extirper non pas de me mettre sous hypnose, mais de me faire faire des “rebirth”. Il s’agit d’un acte mimant l’accouchement: on est mis dans un drap serré, puis submergé de coussins très épais. Le psy se place dessus mais ne continue qu’après s’être assuré qu’aucun sous-entendu sexuel n’entre en jeu pour le patient. Et ensuite il faut sortir. Au début, c’est fort aisé: il ne faut surtout pas tomber dans l’état de mélancolie. Une fois sorti, on doit rejeter la mère et se venger d’elle (ou d’une personne de notre choix) en frappant le psy qui nous nargue avec de plus petits coussins. Et puis on recommence, mais le psy rend peu à peu le procédé plus difficile.  Cela doit amener le patient à revivre son traumatisme, et à faire remonter la colère qu’il a engendrée.

Malheureusement pour moi, ma colère est tellement profondément enfouie que je n’ai pas réussi à la faire remonter. Quand je tapais ma victime avec mon coussin, j’avais juste l’impression de jouer. Il m’aurait fallu plus de séances, après tout, cinq, c’était vraiment rapide comme thérapie. Mais ici, je n’ai personne avec qui continuer, je ne m’imagine pas une seule seconde demandant à mes collègues de prendre la place du psy! Problème également: je comprends “trop vite”, et pardonne en me sacrifiant.

Bilan: ces séances m’ont apporté beaucoup de choses, mais au final je reste avec mes traumatismes bien ancrés en moi. Je sais très bien qu’ils ne sont pas partis car mon corps ne se gène absolument pas pour me le faire savoir et m’interdire d’être la femme que je devrais être. Au moins, aujourd’hui, je suis moins fatiguée (ou pas fatiguée de la même manière, car à présent je m’épuise à faire du sport, mais c’est plutôt de la bonne fatigue, ça). J’ai encore des crises de sommeil, comme dans le bus, ou parfois au moment de me mettre à travailler chez moi. Mais je sais qu’elles sont là pour m’indiquer une difficulté, et j’essaye de trouver laquelle: j’essaye, en d’autres termes, de faire de ce handicap un indicateur utile, un baromètre.

Dans la foulée de ces consultations, j’ai quitté mon compagnon, rencontré un psychopathe (non mais un vrai, que j’ai dû signaler à la police), arrêté de jouer à WOW et commencé à mener une vie plus active: j’ai maintenant un cheval, je vais animer un club de théâtre, je donne des cours particuliers, et je suis en train d’essayer de monter une association pour les enfants surdoués avec une autre personne. Tout ceci m’était impossible l’année dernière. J’ai fait quelques pas en avant, finalement, même si je sais que le gros de mes traumatismes est encore là à me guetter. Je suis très isolée et je ne sais combien de temps, par exemple, je tiendrai avant de succomber aux souffrances provoquées par le manque affectif (qui, je le sais maintenant, ne peut se régler que d’une certaine manière, quasiment impossible à atteindre).

Mais voilà, je sais maintenant pourquoi j’ai un problème de fatigue: je suis mélancolique. J’ai essayé de me dire que c’était la maladie des grands artistes mais j’ai du mal à mordre à l’hameçon.

 

Publié par : chrodegang | 21/10/2011

Une dérive inquiétante


Lorsque je suis tombée, ou peut-être, re-tombée, dans le monde des surdoués, c’était en 2009, et je trainais des casseroles bien plus lourdes que celles de savoir qui j’étais vraiment. Mais le fait est que lorsque d’autres réalisent des actes extrêmement violents envers la vie, on se demande pourquoi, et on est forcément amené à réaliser une introspection, sous la pression d’un instinct de survie qui tire la sonnette d’alarme, sans doute.

A l’époque, j’avais depuis longtemps renoncé à l’idée d’être un personnage doté de facultés intellectuelles intéressantes, j’étais dépressive au dernier degré, esseulée, même rejetée (sans parler de manipulée), incapable de trouver ma place nulle part, en manque affectif tel que j’étais un véritable légume. Pour moi, comme pour quasiment tout-le-monde (et aborder le sujet incognito avec d’autres personnes me le prouve régulièrement), un surdoué était un génie, point barre. Sauf qu’un génie, c’est quelqu’un comme Einstein ou Beethoven, quelqu’un qui met ses dons exceptionnels au service de la société qui le reconnaît en tant que tel (même post-mortem) – donc pas moi. Quelqu’un qui vit sur un nuage, à dix mille lieues de la réalité bassement terrestre des autres. Evidemment, on a tôt fait d’oublier que des génies, il y en a peu, certes, mais c’est aussi parce qu’il faut certaines conditions pour qu’il puissent éclore, ce qui sous-entend que bon nombre de personnes possèdent le potentiel du génie, mais pour des centaines de raisons différentes, ne parviennent jamais à le développer. Exemple: notre Mozart adoré, musicien génial, serait-il devenu musicien génial s’il était né dans le fin fond d’une vallée des Alpes, et élevé par une famille de bergers? Peut-être pas. Serait-il devenu autre chose de génial? Peut-être pas non plus. Pourtant, il était livré avec le même potentiel de départ. Et il n’est pas devenu MOZART uniquement parce qu’il était fils de musicien, sinon tous les fils de musicien deviendraient de génies de sa trempe. Absurde. Pour devenir Mozart, il faut donc naître avec un potentiel, dans un environnement où il trouve une voie d’expression, et il faut encore que ce potentiel puisse être encouragé de manière précoce et intense. Imaginons le jeune Wolfgang envoyé à six ans à l’école, alors qu’il sait déjà jouer au piano comme un professionnel, qu’il compose, et qu’on le colle à faire des lignes d’écriture et à développer des compétences du socle commun dans un tas de matières. C’est autant de temps en moins passé à s’entraîner, de la fatigue engendrée qui nuit à l’entrainement hors de l’école, et en plus des brimades et des heures de soutien s’il a le malheur d’exprimer un désintérêt profond pour la chose. Il n’y a pas de don hors du commun qui justifie de sortir un enfant du système scolaire, à moins qu’il ne soit trop autiste ou trop dingue pour être scolarisé, et encore. Dans ces conditions, croyez-vous vraiment que Mozart aurait laissé son empreinte dans le monde? Moi, je n’y crois pas (je n’y crois plus). Non, un don ne s’exprimera pas quoi qu’il arrive.C’est pourtant le sort qui est réservé à un certain nombre d’individus de manière totalement silencieuse et banalisée à travers le monde.

C’est ce que j’ai compris en me penchant sur le sujet des surdoués. Pour la plupart des gens, un surdoué c’est quelqu’un qui fait quelque chose de mieux que tout-le-monde, quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher d’être brillant. Du coup, comme il n’y a que très peu de monde qui se permette cela, on envoie balader tout le concept sous prétexte que c’est une mode. Je l’ai malheureusement entendu tel quel.

Bref. A l’époque, j’avais rencontré sur internet un type sympathique, on se parlait, on se faisait quelques confidences, et, comme j’étais complètement au fond du trou, il me laissait pleurer parfois sur son épaule virtuelle. Et un jour, en tentant d’exprimer pourquoi je me sentais hors de ce monde, j’ai eu recours à une métaphore équine bien pratique: j’ai dit que je me sentais comme un zèbre dans un troupeau de chevaux. La réponse a eu de quoi surprendre: “Vous le faites tous exprès ou quoi?”. Il se trouve qu’à la suite de l’initiative d’une psychologue bien connue, et pour tenter d’échapper au débat sur l’appellation que l’on doit donner aux gens “surdoués”, le terme “zèbre” a été adopté pour les désigner. Cela m’a ouvert les portes à la fois de nombreuses lectures, et de plusieurs communautés qui sont en pleine expansion sur le net.

J’ai appris qu’au départ, un surdoué était une personne qui avait, grosso modo, plus de 130 de QI. Cela n’est plus aussi actuel. Le surdoué est quelqu’un qui a surtout un fonctionnement cognitif différent. Et là, ça devient un panier de nouilles indébrouillable. Il y a ceux qui disent que le surdoué, en général (donc pas à tous les coups), a un cerveau qui préfère faire travailler des zones de son hémisphère droit plutôt que celles de gauche, pour une même tâche, contrairement à la plupart des gens; mais il y a aussi ceux qui disent que les théories de la latéralisation du cerveau relèvent du charlatanisme. Il y a ceux qui parlent de raisonnement “en arborescence” (je pense à A qui m’évoque B et C, B évoquant D et E dans le même temps que C m’évoque F et G et ce tellement rapidement que je finis par ne plus savoir où j’en suis ou comment j’y suis arrivé) par opposition au raisonnement séquentiel du commun des mortels (A donc B donc C donc D, j’avance par étapes). Il y a ceux qui ne jurent que par le QI, ceux qui disent que c’est insuffisant et de plus en plus remis en question (opinion que mes lectures personnelles me font suivre), et ceux qui affirment qu’on peut avoir 140 de QI et n’être pas surdoué mais juste très rapide et efficace, tandis qu’on peut avoir n’importe quel QI en-dessous de 130 et être malgré tout surdoué. En outre, pas mal de surdoués tentent très tôt de faire plaisir au reste du monde et se sabordent tout seuls, ce qui donne une grande inhibition (et explique certains cas de QI bas). Et j’en passe.

Le problème étant que le concept de surdoué (ou de Zèbre), en vient à être réduit à un certain nombre de traits de caractère que tout-le-monde possède. La différence serait l’intensité de ces caractéristiques, et leur cumulation. Par exemple, on trouve pêle-mêle une sensibilité exacerbée, une hyperesthésie (le fait que les cinq sens soient très développés), une curiosité sans bornes, une capacité de concentration à nous faire oublier le monde si on s’intéresse à quelque chose, mais une hyperactivité et une incapacité à se concentrer si on s’ennuie, un grand sens de la justice, une créativité émoustillée, et patati et patata. N’oublions pas un grand sentiment d’être différent et en décalage total avec les autres, souvent d’ailleurs aussi des difficultés à mener une vie sociale ou amoureuse normale – mais certains zèbres sont des meneurs charismatiques qui passionnent les foules.

Je suis passée par une phase de curiosité intense pour le sujet. Et pas seulement parce que j’étais sans doute concernée, je trouvais ça réellement passionnant. La psychologue dont j’ai parlé plus haut s’appelle Jeanne Siaud-Facchin; elle a écrit deux livres sur les surdoués qui sont des best-seller, un sur l’enfant, un sur l’adulte. Malheureusement, son livre Trop intelligent pour être heureux: l’adulte surdoué, a déclenché un phénomène que j’estime totalement contraire à l’effet voulu. Ah, la vulgarisation du sujet, c’est réussi. Mais aujourd’hui, des centaines de gens s’auto-proclâment “zèbres” chaque jour. Ce qui en soi n’est pas un problème: si on est intelligent et surdoué, outre tout phénomène de déni et de modestie exacerbée, et qu’on lit un livre qui nous décrit, on doit pouvoir se reconnaître tout seul, sinon, c’est qu’on a vraiment un gros problème. Oui mais voilà, le problème existe. Car quand je lis les interventions des membres des communautés virtuelles de surdoués, que ce soit de la part de gens qui affirment avoir été reconnus par des psychologues formés, ou des gens qui sortent de nulle part, je suis atterrée. Atterrée non seulement par les attitudes individuelles, mais encore par l’essaim en formation. Il y a deux ans, c’est tout le monde des surdoués qui s’éveillait, qui cherchait, qui faisait connaissance, qui se définissait. Et j’avoue que j’ai noué des relations très enrichissantes avec de parfaits inconnus (ou de parfaites inconnues), qui m’ont apporté un peu de présence humaine dans un monde où j’étais perdue et seule. Le plus drôle est que cela m’a permis de littéralement re-découvrir d’anciens camarades de classe à qui je n’avais jamais dit bonjour dans la réalité. Je suis une endettée de Facebook. Et qu’on ne vienne pas hurler qu’une relation sur le net c’est dangereux, artificiel, faussé, etc. Quand on n’arrive pas à parler dans la réalité, on ne va tout-de-même pas se forcer à rester seul dans son coin alors qu’on peut s’aider.

Bref. Le temps a passé, et de plus en plus de gens viennent grossir les rangs des zèbres. Mais quels rangs! Je ne reconnais plus ce petit monde. Je vois des gens qui arrivent et manipulent les termes consacrés de “pensée en arborescence”, d’”hyperesthésie”, etc, comme des objets réels.

Ma pensée en arborescence m’empêche de comprendre les autres.

Je ne supporte plus le métro car mon hypersensibilité me donne envie de vomir à cause des odeurs.

Je pense toujours à toute vitesse et cela m’épuise, mais surtout ce qui m’épuise c’est que personne n’arrive à penser aussi vite que moi.

Et que pensent-ils ces gens-là? Je vois de la parano à tous les étages, des raisonnements foireux, de la condescendance, de l’intolérance, une méconnaissance du sujet, souvent une ignorance crasse, une insupportable utilisation du terme “non-surdoué”/”non-zèbre” (et moi qui hais qu’on utilise le terme “athée” pour me définir, cela m’exaspère particulièrement). Exactement comme tous les êtres humains. A se demander si ça existe vraiment, un zèbre, effectivement.

Aujourd’hui, pire, le terme de zèbre en est arrivé à un point d’utilisation qui désigne quelque chose de complètement différent d’un surdoué. Au diable l’intelligence différente, n’importe qui se sent différent (mais nul besoin d’être intelligent) est un rayé. Toute personne qui a un problème affectif, des difficultés relationnelles, expressionnelles, existentielles, sensibilitationelles, etc, est un zèbre. En général, un bon zèbre a eu affaire à un pervers-narcissique, terme qui lui aussi en est venu à désigner n’importe quelle personne qui s’est comportée comme un connard, un manipulateur, ou plus généralement qui a eu un différend avec le rayé. Exemple typique: tout zèbre divorcé d’un autre zèbre présentera ce dernier comme déchu de son statut de zèbre et investi du statut de PN. Je n’ose même pas parler du niveau d’expression et d’orthographe souvent déplorable qui règne, car cela est dû à un décalage entre la rapidité de la pensée et de l’acte d’écrire (on me permettra de penser qu’il n’est pas interdit de se relire, et je précise que je suis moi-même dys-synchronique, donc je connais le problème), et toute personne manifestant de la mauvaise humeur face à un texte bourré de fautes sera invariablement mise au ban de la conversation.

Au final, je ne lis plus que des interventions sans intérêt, dans la bien-pensance et l’absence de remise en question, de la part d’individus qui ne savent même plus de quoi ils parlent. La “zébritude” est devenue la cour des miracles des gens qui se sentent différents. Parallèlement, sur les forums de surdoués francophones, on pourfend le Mensan autant que le zèbre, et les administrateurs ont droit de vie et de mort sur toute intervention qui contrevient à leurs idées personnelles en ce qui concerne la définition d’un surdoué. Laxisme intellectuel d’un côté, et péremption de l’autre. Je ne sais plus où mettre les pieds pour échanger avec des individus intéressants. Je n’ai plus que mes livres pour garder le cap, et je m’inquiète. Car si les surdoués me paraissent manquer de discernement, que suis-je? Autre chose? Pas surdouée (malgré les diagnostics de deux psy)? Me trompé-je sur toute la ligne?

Sauf que ce n’est pas pour me plaindre de mon sort que je raconte cela. Ce qui m’attriste le plus dans l’histoire, c’est que toute cette mélasse ne fait que discréditer totalement les efforts des psychologues et associations de faire connaître le problème des surdoués -notamment à l’école- à la population. Efforts auxquels je m’efforce, et bientôt peut-être de manière très officielle, de contribuer, pour LES ENFANTS et les adultes concernés.

Publié par : chrodegang | 17/10/2011

Un jour, je parlerai de l’île Maurice…


… en attendant, je la montre!

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